Salah Stétié

Roy Sfeir est un coloriste raffiné et qui, en quelques touches, traversées, structurées de quelques lignes, elles aussi se posant là à peine, parvient à dire très vite, et bien, ce qu’il souhaite dire : la fascination joliment vibrante et nerveuse qu’exerce la surface du monde, en son mouvement sur une sensibilité de nature comme aérienne. Des nœuds rapides de forces légères se nouent et se dénouent dans ses aquarelles, des accents se font et se défont, au fil d’une plume cursive, dans ses dessins : le tout cherchant, par les moyens les plus élémentaires du peintre, à capter l’émotion jaillissante, à fleur de peau, dirait-on, ou à fleur d’être – et avant que ne vienne la compliquer une perception plus savante, porteuse de quelque déformation intellectuelle ou esthétisante. Et pourtant l’on ne saurait dire, à regarder l’ensemble des petits et moyens formats qu’expose Roy Sfeir, qu’il ne va qu’à la sensation brute comment ont souhaité y parvenir quelques-uns parmi les plus inventifs des peintres contemporains. Si sensation il y a, elle est déjà mystérieusement décantée, à un niveau premier d’elle-même, par l’opération d’une rêverie spontanément créatrice de signes et de rapports, qui nous donne à déchiffrer, avec ravissement, une lecture de poésie.

Salah Stétié
1979