Gérard Xuriguéra
- De ces ponctuations mouchetées, de ses filages ondoyants, comme levés par une brise indocile, Roy G Sfeir, au fil de ces énergies quintessenciées, donne corps à un espace mouvant, dont le brassage calligraphique resserré, demeure toujours cependant, d’une extrême fluidité, favorisant, quel que soit l’angle d’approche, une lecture souple et intelligible du signifié, où la perception sensorielle épouse naturellement le « noein « où connaissance par l’intellect.
- Miroir d’une expérience vitale longtemps rebelle aux appels de la non-représentation, son vocabulaire a progressivement basculé vers la mise à jour d’un essaim de signes nerveux et déliés, exempts de toute relation au reconnaissable, qui, même au plus près des battements du monde, répondent davantage aux pulsions intimes d’un imaginaire fébrile. C’est à travers ce syncrétisme, dans cette joute dialectique entre l’évidence et son leurre, la raison et la déraison, le statique et l’inerte, que s’est élaborée, hors des contingences, cette trajectoire ferme et délicate du pur coloriste.
- Pour configurer sa géographie profonde, l’artiste se tient au seuil de sa conscience cueillant à la volée les graphées et les éclosions fusantes qui s’en évadent avant de trouver asile au sein de l’ordonnancement non programmé de leur support d’élection : le papier, auquel les gradations légères et feutrées de l’aquarelle confèrent de lumineux contrepoints, jouant sur les réserves, autrement dit les blancs de la feuille, les ruissellements impromptus, les brefs lacis, les spirales tendues ou emmêlées, tantôt isolant un horizon nappé de menues turbulences, tantôt emplissant le champ bord à bord de gerbes de taches, d’éclaboussures et d’idéogrammes en
suspens, partition métaphorique tissée de ces scansions labiles, tourbillonnantes, qui se fécondent l’une l’autre jusqu’à plus fin. Dans ces régions où l’espace s’affine et se creuse, où les intrications linéaires et les timbres chromatiques s’agrègent et d’abandonnent pour mieux se reconstituer, Roy G. Sfeir procède par petites touches,
prestement émises dès leur émergence par un geste alerte mais surveillé. Direct,élagué, son style enlevé cultive pourtant plus le murmure que le tumulte. - Ainsi se développe et s’accomplit cet art modulé dans l’épanchement qui distille une harmonieuse musique intérieure.
Gérard Xuriguéra
1987